Le phénomène en trois actes
En 2023, l’écrivain et militant du numérique Cory Doctorow popularise le terme enshittification pour désigner un processus économique précis. Sa thèse tient en trois actes :
- séduire les utilisateur·ices avec un service véritablement utile ;
- dégrader ce service pour monétiser les entreprises de vente et d’annonces en ligne qui paient pour accéder à cette base captive ;
- puis extraire la valeur pour les actionnaires, en ponctionnant tout le monde puisque les alternatives ont disparu et que le coût du changement est trop élevé.

photo par Cory Doctorow, CC BY-SA 2.0
Facebook a rendu les publications gratuites quasi invisibles pour pousser à la pub payante, Google dont le premier écran ressemble davantage à un panneau publicitaire qu’à un moteur de recherche, Amazon qui fait remonter ses propres produits avant les résultats pertinents : les exemples ne manquent pas.
Ce n’est pas une impression — c’est documenté
En février 2026, le Conseil des consommateur·ices norvégien publie Breaking Free: Pathways to a fair technological future, un rapport de 100 pages cosigné par 29 organisations de la société civile et relayé par plus de 70 acteur·ices à travers l’Europe, le Royaume-Uni et les États-Unis. Son constat est sans appel : l’emmerdification n’est pas un accident, c’est le produit de choix délibérés.
Un chiffre illustre le mécanisme mieux que tout autre : Meta estime elle-même que 10 % de son revenu annuel provient de publicités frauduleuses, soit environ 16 milliards de dollars. Même condamnée à une amende, le calcul reste favorable à l’inaction. L’emmerdification est rentable.
Ce qui rend le phénomène particulièrement insidieux, c’est qu’il procède par accumulation de petits changements : chacun semble anodin, mais l’effet cumulatif est dévastateur. Difficile de pointer le moment exact où ça a basculé et c’est précisément ce qui rend le piège si efficace. Avec les produits numériques, les entreprises peuvent modifier vos outils à distance, après achat, à tout moment. Ce qui était inclus devient payant. Ce qui fonctionnait se retrouve bridé.
Les outils de travail ne sont pas épargnés
Microsoft 365 et Google Workspace ont séduit des millions d’organisations avec des offres généreuses. Puis les prix ont augmenté, les fonctionnalités ont migré vers des abonnements supérieurs, la collecte de données s’est intensifiée, la dépendance aux formats propriétaires s’est renforcée. Le rapport Breaking Free le souligne : même quand les utilisateurs·rices peuvent techniquement télécharger leurs fichiers, les formats propriétaires les rendent souvent inutilisables ailleurs. La portabilité affichée n’est souvent qu’une façade.
Et tout cela se joue sur des serveurs soumis au Cloud Act américain, avec vos données sensibles dans la balance.
LaSuite.coop : une alternative conçue différemment

Face à l’emmerdification, il existe une autre voie. LaSuite.coop n’a pas été construite pour séduire puis monétiser.
En tant que coopérative de l’ESS, notre modèle économique repose sur la création de valeur avec les utilisateur·ices, pas à leurs dépens.
Des logiciels libres et open source, auditables et modifiables.
Des données hébergées en Europe, dans le respect du RGPD, sans exploitation commerciale.
Un modèle coopératif où les décisions sont prises collectivement, sans actionnaires à satisfaire chaque trimestre.
Et l’interopérabilité par principe : vos fichiers dans des formats ouverts, la liberté de partir quand vous voulez.
Ce ne sont pas que des arguments marketing, mais des contraintes que nous nous imposons.
Le rapport norvégien appelle explicitement à réorienter les dépenses du secteur public européen vers des alternatives open source, et à financer concrètement ces écosystèmes. C’est exactement le pari de LaSuite.coop : construire dès aujourd’hui l’infrastructure numérique commune que nous méritons.
L’emmerdification n’est pas une fatalité. Elle est le produit d’un modèle économique et les modèles économiques peuvent changer.
Sources :
- Cory Doctorow, Enshittification (2023)
- Forbrukerrådet, Breaking Free: Pathways to a fair technological future (février 2026)